Avec le retour du chauffage, les ateliers ferment leurs portes et les locaux enterrés respirent moins. C’est précisément la période que choisit l’INRS pour rappeler aux entreprises qu’elles doivent évaluer un risque qui ne se voit pas, ne se sent pas et s’accumule dans les sous-sols : le radon. Dans une actualité mise à jour le 20 octobre 2026, l’institut annonce le lancement de la campagne hivernale de mesurage et détaille la marche à suivre. Pour les responsables de site comme pour les installateurs de ventilation, le sujet est loin d’être théorique.
Plan de l'article
Pourquoi l’hiver est la bonne saison pour mesurer #
Le radon est un gaz radioactif naturel issu du sous-sol. Sa concentration dépend de la géologie locale, en particulier des roches granitiques et volcaniques, ce qui fait de l’implantation du bâtiment un facteur de risque majeur, comme le rappelle le dossier radon de l’INRS. Il pénètre par les fissures, les passages de réseaux et les dalles mal étanchées, puis stagne dans les volumes peu renouvelés.
L’hiver cumule les conditions défavorables : le chauffage crée un tirage qui aspire l’air du sol vers l’intérieur, et les locaux sont moins aérés. L’INRS recommande donc de mesurer entre octobre et avril, sur une durée d’au moins deux mois, afin d’obtenir une valeur représentative de la moyenne annuelle. Une mesure faite en juillet, fenêtres ouvertes, rassurerait à tort.
Ce que la réglementation demande à l’employeur #
Le radon fait partie des risques que l’entreprise doit intégrer à son évaluation et consigner dans son document unique (DUERP). La démarche se déroule en deux temps.
D’abord une analyse documentaire
Elle concerne les locaux situés en sous-sol et en rez-de-chaussée, ainsi que des lieux spécifiques comme les ouvrages souterrains ou les grottes. Le point de départ est la carte du potentiel radon des communes publiée par l’ASNR, qui permet de situer son site. Les tunnels, galeries techniques et locaux partiellement enterrés sont les plus exposés.
Ensuite, si besoin, des mesures
Si cette première analyse ne permet pas d’exclure un dépassement du niveau de référence, fixé à 300 Bq/m³ en moyenne annuelle, il faut mesurer. L’entreprise peut poser elle-même les dosimètres, mais ceux-ci doivent être fournis et analysés par un organisme agréé ; l’INRS cite Algade, Eurofins, Pearl et Radonova.
Les seuils et les délais à connaître #
Les résultats déclenchent des obligations graduées, telles que les décrit l’INRS :
Sous 300 Bq/m³, aucun plan d’action n’est imposé, mais l’exposition doit être ramenée au niveau le plus bas raisonnablement possible.
À partir de 300 Bq/m³, un plan d’action doit faire repasser la concentration sous ce niveau dans un délai maximal de 36 mois.
Au-delà de 1 000 Bq/m³, il faut descendre sous ce seuil en 12 mois, puis viser les 300 Bq/m³ dans les 24 mois suivants.
Après chaque correction, de nouvelles mesures, réalisées dans les mêmes conditions que les premières, doivent en vérifier l’efficacité. Si la concentration reste au-dessus de la référence, un dispositif de radioprotection renforcé s’applique : désignation d’un conseiller en radioprotection, transmission des résultats à l’ASNR, délimitation d’une zone radon et évaluation individuelle de l’exposition des salariés concernés.
La ventilation, premier levier de correction #
Parmi les mesures que l’INRS met en avant, deux relèvent directement du métier de l’aéraulique. La première consiste à améliorer ou à rétablir la ventilation des locaux. Dans bien des bâtiments industriels anciens, le problème vient moins d’une absence de système que d’un système dégradé : bouches obstruées, extracteur arrêté pour économiser l’énergie, entrées d’air bouchées par les occupants qui se plaignent du froid. Remettre en état un réseau existant est souvent le geste le plus rapide à mettre en œuvre.
La seconde vise le soubassement : l’institut cite le traitement des vides sanitaires par une ventilation mécanique adaptée. L’idée est de capter le gaz sous le bâtiment, avant qu’il n’atteigne les zones occupées, plutôt que de le diluer une fois entré. Cette approche se combine avec le renforcement de l’étanchéité des sols et des murs, qui limite les voies d’entrée.
Un arbitrage avec l’énergie
Le sujet croise une autre préoccupation de saison : la maîtrise de la facture de chauffage. Augmenter les débits d’air neuf en hiver a un coût, et la tentation est grande de réduire la ventilation pour garder la chaleur. La campagne radon rappelle que ce réflexe peut dégrader la qualité de l’air dans les locaux bas. Les solutions de récupération de chaleur sur l’air extrait, ou une ventilation ciblée sur les seules zones à risque, permettent de concilier les deux exigences, à condition d’être dimensionnées à partir de mesures réelles et non d’hypothèses.
Un risque sanitaire documenté #
Le radon est un facteur de risque reconnu de cancer broncho-pulmonaire, accru chez les fumeurs et anciens fumeurs. L’INRS rappelle qu’il représente environ la moitié de l’exposition annuelle de la population française aux rayonnements ionisants, et son dossier attribue au radon environ 3 000 décès par an en France. Ces ordres de grandeur expliquent l’insistance des préventeurs, alors que le gaz reste méconnu de nombreux chefs d’entreprise.
Pour accompagner les entreprises, l’institut propose un logigramme d’aide à la décision, la brochure ED 6373 « Radon en milieu de travail : tous concernés » et la vidéo d’un webinaire organisé le 29 septembre. De quoi lancer une première évaluation avant la fin de l’hiver, puis programmer, si les résultats l’exigent, des travaux de ventilation au printemps.
